
THE MESSIAH
un oratorio créé à Dublin le 13 avril 1742
L’oratorio le plus connu de l’ère baroque, tout en fusionnant bien des traits stylistiques de son temps, se présente en réalité comme en marge des traditions de son époque, dans sa conception comme dans sa forme. Le Messie apparaît à un moment charnière de la carrière de Haendel. Formé durant sa jeunesse allemande, tout comme Bach et Telemann, à la composition pour la liturgie luthérienne, initié à la vocalité italienne lors d’un voyage déterminant qu’il fit à Rome et à Venise à vingt-deux ans, puis installé à Londres où il acclimata l’opéra italien et produisit durant plus de vingt ans une œuvre lyrique considérable, Haendel a 56 ans en 1741. Le public anglais semble se détourner durablement de l’opéra et de ses fastes ultramontains et préférer le genre plus convenable de l’oratorio que Haendel expérimente alors sous divers aspects, soit sous la forme dramatique de l’histoire sacrée, comme avec Saul, soit sous celle d’une vaste fresque chorale, à la manière d’une grande cantate ou d’un motet élargi, comme avec Israël en Égypte – deux oratorios créés en 1739.
Lorsqu’il compose en trois semaines Le Messie, entre le 22 août et le 14 septembre 1741, Haendel choisit une voie médiane qui tient de toutes les traditions sans en respecter aucune. Surtout – et c’est là l’originalité du livret réalisé par Charles Jennens, une habile compilation de textes issus de la Bible, des Évangiles et des lettres de Paul –, l’œuvre se concentre sur un seul personnage mais ne le présente que de façon indirecte, par le biais de prophéties ou de narrations, sans jamais lui donner la parole, contrairement à l’usage des passions allemandes, par exemple. Le personnage n’en est que plus puissant et sa nature divine renforcée par rapport à sa destinée humaine.
Haendel écrivit son nouvel oratorio en vue d’une saison de concerts caritatifs à Dublin. La création du Messie était prévue pour la période de Pâques, ce qui convenait à son caractère sacré, mais eut lieu dans une salle de concert, le Music Hall de Fishamble Street, construite l’année précédente. Cette ambiguïté entre la teneur religieuse de l’oratorio et le contexte séculier qui servait de cadre à son exécution ne posa pas de problèmes en Irlande, où l’œuvre reçut un accueil enthousiaste et déplaça les foules, le 13 avril 1742. On demanda même par voie de presse, pour gagner de la place et accueillir davantage de spectateurs, aux dames de venir sans paniers et aux hommes sans épée.
Haendel disposait pour la création à Dublin de moyens modestes : un chœur de 16 chanteurs dont étaient issus les solistes, un petit orchestre d’une quinzaine de musiciens : violons, alto, violoncelle, contrebasse, trompettes, timbales, clavecin et orgue. Des hautbois et bassons furent ajoutés lors des reprises londoniennes, l’œuvre étant alors adaptée à l’étendue vocale des solistes de chaque nouvelle distribution. Il existe ainsi neuf versions différentes du Messie établies par Haendel de 1742 à 1754. La version proposée aujourd’hui par l’ensemble Cantamus s’inspire ainsi de l’état original irlandais de l’œuvre. Ce n’est que lorsque Haendel fit don de sa partition en 1750 au Foundling Hospital, pour qu’elle soit exécutée chaque année dans la chapelle de cet établissement charitable, que le public londonien apprécia sans réserve une œuvre qui allait devenir, au XIXe siècle, la plus célèbre du compositeur.
Si l’on compare Le Messie aux oratorios allemands retraçant la vie du Christ (comme l’Oratorio de Noël ou les passions de Bach, pièces intégrées dans la liturgie), l’œuvre de Haendel semble tout à fait exceptionnelle. Ce n’est pas un épisode de la vie de Jésus qui est relaté, mais l’ensemble de sa mission. Le plan ambitieux et remarquablement calibré de Jennens divise l’oratorio en trois parties inégales : la première laisse une large part aux prophéties annonçant la venue du Christ, puis à la nativité (résumée par l’épisode de l’annonce aux bergers par les anges), enfin évoque rapidement le ministère de Jésus en l’assimilant au bon pasteur ; la deuxième partie relate les souffrances et la mort de Jésus dans le style des passions allemandes (la présence d’un ténor narrateur est significative) puis retrouve un ton triomphal pour peindre la résurrection, l’ascension et la pentecôte, épisode culminant dans le fameux et jubilant « Hallelujah ». Plus ramassée, la troisième partie conclut principalement avec des textes de Paul méditant sur le rôle rédempteur du Messie, la résurrection des corps, le jugement dernier et le triomphe final de l’Agneau.
Cette vision théologique du Messie n’est cependant en rien abstraite. En musicien baroque, Haendel sait la peindre avec des couleurs vives et des traits évocateurs, usant de moyens tour à tour simples et savants pour rendre plus vivants ses tableaux sonores. Ainsi la tortueuse vocalise de la voix de basse peignant les peuples qui marchent dans les ténèbres, les mouvements frémissants des violons dans l’aigu pour figurer le battement des ailes des anges, les mesures ternaires et le ton pastoral pour montrer Jésus en berger, ou encore les rythmes pointés, comme chez Bach, imitant les coups de la flagellation… Le texte biblique s’accommodant mal de la forme à reprise de l’aria da capo des opéras, Haendel innove perpétuellement dans la structure de ses airs, soulignant les mots importants par des vocalises illustratives. Quant aux chœurs, particulièrement nombreux et variés, ils mêlent, comme dans l’« Hallelujah », les styles les plus divers, depuis les blocs choraux massifs jusqu’aux contrepoints les plus travaillés, depuis les effets imitatifs les plus parlants jusqu’aux structures les plus abstraites, avec une énergie et une efficacité irrésistibles.
D’après Raphaëlle Legrand et David Hunter
Livret (mouvement coupé en grise)
Ire partie :
Sinfonia
1 -« Comfort Ye »
2 – « Ev’ry Valley »
3 – « And the Glory of the Lord »
4 – « Thus saith the Lord »
5 – « But who may abide »
6 – « And He shall purify »
7 – « Behold, a virgin shall conceive »
8 & 9 – « O thou that tellest good tidings to Zion »
10 – « For behold, darkness shall cover the Earth »
11 – « The people that walked in darkness »
12 – « For unto us a child is born »
13 – Pastoral Sinfony
14a – « There were shepherds abiding in the field »
14b – « And lo, the Angel of the Lord came upon them »
15 – « And the Angel said unto them »
16 – « And suddenly there was with the Angel »
17 – « Glory to god »
18 – « Rejoice greatly »
19 – « Then shall the eyes of the blind be opened »
20 – « He shall feed his flock »
21 – « His yoke is easy »
ENTRACTE
IIe partie :
22 – « Behold the lamb of god »
23 – « He was despised »
24 – « Surely he hath borne our griefs »
25 – « And with his stripes »
26 – « All we, like sheep »
27 – « All they that see him laugh him to scorn »
28 – « He trusted in God »
29 – « Thy rebuke hath broken His heart »
30 – « Behold and see »
31 – « He was cut off »
32 – « But Thou didst not leave »
33 – « Lift up ye heads, o ye gates »
34 – « Unto which of the Angels »
35 – « Let all the Angels of God worship Him »
36 – « Thou art gone up on high »
37 – « The lord gave the word »
38 – « How beautiful are the feet »
39 – « Their sound is gone out »
40 – « Why do the Nations »
41 – « Let us break their bonds asunder »
42 – « He that dwelleth in heaven »
43 – « Thou shalt break them »
44 – « Hallelujah »
IIIe partie :
45 – « I know that my Redeemer liveth »
46 – « Since by man came death »
47 – « Behold, I tell you a mystery »
48 – « The trumpet shall sound »
49 – « Then shall be brought to pass »
50 – « O death, where is thy sting »
51 – « But thanks be to God »
52 – « If God be for us »
53 – « Worthy is the Lamb »
« Amen »
LES MUSICIENS
Ensemble vocal Cantamus
Soprano
Lucile Albouy
Laurence Constans-Espinoza
Audrey de Lalande *
Eglantine Manches *
Katja Petrovic
Eléonore Testas
Alto
Silke Biermann *
Céline Lebret *
Isabelle Navizet
Suzanne Stacher
Laetitia Vincensini
Emmanuelle Vagnon-Chureau
Ténor
Xavier Albouy *
Adrien Fiorucci
David Nenin
Raymond Van der Putten
Kotaro Yoshida *
Basse
Marc Benard *
François Colas
Jacques Keller *
Ensemble instrumental
Violons
Sandrine Dupé
Kate Goodbehere
Alto
Marie Saint Loubert Bié
Violoncelle
Keiko Gomi
Trompettes
Yohan Chetail
Jean-Daniel Souchon
Orgue
Yvan Garcia
Direction
Dan Lévy
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Remerciements à Anne Shin, et à l’Eglise protestante allemande à Paris
